Institute for Justice and Democracy in Haiti

Entre justice pour les victimes et réconciliation nationale, Haïti hésite sur le sort de “Bébé Doc” (Le Monde:French)

Jean-Michel Caroit, Le Monde
May 6, 2011

Claude Rosier est mort le 11 avril, sans avoir assisté au procès de l’ancien dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier, au pouvoir entre 1971 et 1986. Emprisonné durant onze ans, il avait décrit dans un livre, Le Triangle de la mort, journal d’un prisonnier politique haïtien 1966-1977 (Port-au-Prince, imprimerie Henri Deschamps, 2003), les tortures endurées dans les geôles duvaliéristes.

Avec une vingtaine d’autres victimes, Claude Rosier avait porté plainte pour crimes contre l’humanité contre l’ancien ” président à vie ” après son retour surprise en Haïti. Rentré à Port-au-Prince en janvier après vingt-cinq ans d’exil en France, l’ex-dictateur, surnommé ” Bébé Doc “, aujourd’hui âgé de 59 ans, est également poursuivi pour détournement de fonds et corruption. Installé dans une confortable villa dans les environs de la capitale, il a été récemment assigné à résidence.

Jean-Claude Duvalier finira-t-il par être traduit devant les tribunaux ? Beaucoup d’Haïtiens en doutent, surtout depuis la victoire du chanteur Michel Martelly à l’élection présidentielle. Le président élu, qui prendra ses fonctions le 14 mai, a récemment évoqué une amnistie en faveur de Jean-Claude Duvalier et de Jean-Bertrand Aristide, un autre ancien président controversé rentré en Haïti en mars après sept ans d’exil.

Au nom de la réconciliation nationale, M. Martelly, surnommé ” Sweet Micky “, a répété durant la campagne qu’il regardait vers l’avenir et non vers le passé. Plusieurs de ses proches collaborateurs sont d’ailleurs d’anciens duvaliéristes. L’un d’eux, Me Gervais Charles, le bâtonnier de Port-au-Prince et l’un des avocats de ” Bébé Doc “, soutient qu’il ne peut être poursuivi en raison du délai de prescription de dix ans prévu par le code pénal haïtien.

Selon les organisations de défense des droits de l’homme, cet argument n’est pas recevable car il n’y a pas de prescription pour les crimes contre l’humanité, ni pour les ” crimes continus ” comme les disparitions forcées. Face à la faiblesse du système judiciaire haïtien, plusieurs ONG comme Human Rights Watch (HRW) ont appelé la communauté internationale à apporter un soutien technique et financier au jugement de l’ancien dictateur.

” Un procès équitable de Duvalier serait l’occasion pour Haïti de rompre avec l’impunité qui a caractérisé son passé “, a souligné l’avocat de HRW, Reed Brody. C’est également l’avis de la journaliste Michèle Montas, l’une des premières victimes à avoir porté plainte contre ” Bébé Doc “. ” Plus encore que le résultat, l’important est le processus, il faut engager la lutte contre l’impunité “, dit-elle.

Dans son rapport sur la situation en Haïti, publié fin mars, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, insistait sur la nécessité ” d’instaurer l’Etat de droit pour parvenir à la paix et à la prospérité durables ” et appelait les autorités haïtiennes à prendre ” toutes les mesures judiciaires ” pour régler l’affaire Duvalier. ” En l’absence de volonté politique du pouvoir, le dossier n’avancera que si la mobilisation des ONG haïtiennes et internationales reste forte “, estime le directeur du Réseau national de défense des droits humains, Pierre Espérance.

© Le Monde, 2011. Tous droits réservés.

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