Institute for Justice and Democracy in Haiti

Choléra en Haïti : l’ONU visée par deux plaintes

Jean-Michel Caroit, Le Monde
19 janvier 2012

Une enfant haïtienne atteinte du choléra traitée dans un centre de soins de Médecins sans frontières (MSF), à Port-au-Prince, fin novembre 2011.

Probablement importée par des casques bleus népalais, la maladie a fait plus de 7 000 morts et infecté 520 000 personnes sur l’île d’Hispaniola

Environ 7 000 décès et plus de 520 000 personnes infectées en Haïti, plus de 360 morts en République dominicaine : apparue en octobre 2010, neuf mois après le tremblement de terre qui a dévasté Haïti, l’épidémie de choléra poursuit ses ravages sur l’île d’Hispaniola. Deux plaintes ont été déposées contre les Nations unies, accusées d’y avoir introduit la maladie.

Les deux plaintes s’appuient sur une étude de l’épidémiologiste français Renaud Piarroux, ” suggérant fortement ” que des casques bleus népalais ont introduit le choléra en Haïti. La première a été présentée par l’Institut pour la justice et la démocratie en Haïti et le Bureau des avocats internationaux, au nom de plus de 5 000 Haïtiens victimes de la maladie.

Ces ONG accusent l’ONU ” de multiples manquements, de négligence et d’indifférence “et réclament une indemnisation de 50 000 dollars (environ

39 000 euros) par malade et 100 000 dollars pour les familles des personnes décédées. Les avocats demandent des excuses publiques aux Nations unies, ainsi que le financement d’un programme d’assainissement, d’accès à l’eau potable et de soins médicaux.

” Nous avons déjà reçu plus de 3 000 personnes demandant des certificats médicaux attestant qu’elles ont été soignées pour le choléra “, calcule le chef de mission de MSF.” Nous avons le devoir éthique et juridique de les délivrer “, ajoute-t-il.

L’autre plainte a été déposée par la faculté de droit de l’université brésilienne de Santa Maria (Fadisma) auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’homme. Elle demande à celle-ci de reconnaître la responsabilité de l’ONU ” pour la maladie et la mort de milliers d’Haïtiens et de Dominicains contaminés par la bactérie introduite en Haïti par les soldats népalais “.

Evoquant ” un génocide involontaire “, la Fadisma demande la création d’un fonds d’au moins 500 millions de dollars pour financer la santé publique en Haïti et l’évaluation, par des experts indépendants, ” du montant des réparations pour les dommages morauxet matériels en Haïti et en République dominicaine “.

” Les Nations unies ne peuvent échapper à leur responsabilité morale “, souligne Cristine Koehler Zanella, professeur de droit international à la Fadisma. ” Il est inacceptable qu’elles nient leur culpabilité en invoquant “une convergence de circonstances” “, ajoute-t-elle.

La première plainte a été transmise au service juridique de l’ONU. Quatre experts nommés par le secrétaire général des Nations unies ont conclu, en mai 2011, que l’épidémie avait été causée ” par la confluence de plusieurs circonstances et n’était pas due à l’action délibérée d’un groupe ou d’un individu “.

Sur le terrain, ” le choléra est à peu près sous contrôle en ce moment, mais nous craignons une reprise de l’épidémie avec la saison des pluies, à partir de mai “, prévient Romain Gitenet, chef de mission de Médecins sans frontières (MSF-France). Avec la brigade cubaine, forte de 800 médecins et infirmières, MSF a été en première ligne dans la lutte contre le choléra dès son apparition, dans la région de l’Artibonite.

Au cours des premiers mois, l’organisation non gouvernementale a pris en charge près de la moitié des malades et créé 90 centres de traitement du choléra (CTC) – médicalisés – et unités de traitement du choléra (UTC) – des structures plus légères – dans tout le pays. ” On a été surpris par la forte reprise de l’épidémie l’été dernier. Il était difficile de trouver des expatriés, alors en vacances ou mobilisés par les crises dans le monde arabe “, se souvient le chef de mission de MSF-France.

La plupart des CTC et UTC créés par MSF sont désormais gérés par le ministère haïtien de la santé et leur personnel rémunéré par la Banque interaméricaine de développement (BID). D’autres centres, comme celui de Tabarre (banlieue de la capitale, Port-au-Prince), qui compte 330 lits, sont en sommeil. ” Les équipements et les médicaments sont prépositionnés, nous sommes prêts à reprendre en cas de nouveau pic “, assure M. Gitenet.

Les zones rurales, difficiles d’accès, sont les plus vulnérables. ” Il faut parfois cinq heures de marche pour atteindre un centre de soins et, dans certaines localités du nord et du nord-ouest, le taux de létalité est monté jusqu’à 11 %, contre 1,4 % au plan national et 0,87 % dans les structures MSF “, souligne-t-il. Maladie bactérienne très contagieuse se manifestant par de violentes diarrhées et des vomissements, le choléra provoque une forte déshydratation qui peut tuer en quelques heures, si le patient n’est pas soumis à un traitement simple, à base de réhydratation et d’antibiotiques.

Des investissements massifs dans l’accès à l’eau potable et l’assainissement sont nécessaires pour éradiquer le choléra de l’île d’Hispaniola, a averti Mirta Roses, la directrice de l’Organisation panaméricaine de la santé. Lors d’une téléconférence, le 11 janvier, le montant de ces investissements a été estimé à 1,1 milliard de dollars.

Sinon, ” le choléra restera endémique pendant des décennies “, a mis en garde Kevin de Cock, directeur aux Centres américains pour la prévention et le contrôle des maladies. En attendant, les autorités ont annoncé un projet pilote de vaccination.

© Le Monde

 

Cliquez ICI pour l’original.

Contact IJDH

Institute for Justice & Democracy In Haiti
15 Newbury Street
Boston, MA 02116

Telephone: (617) 652-0876
General Inquiries: info@ijdh.org
Media Inquiries: media@ijdh.org

Givva
Use Giving Assistant to save money and support Institute for Justice and Democracy in Haiti Inc.