Institute for Justice and Democracy in Haiti

La Liberté de Presse en Haïti : Un Effet Dissuasif sur les Journalistes Critiques du Gouvernement

Un des plus grands accomplissements en Haïti depuis le 7 février 1986, est d’abord
l’exercice de la liberté d’expression, la possibilité pour les hommes, les femmes, les
organisations et la société civile de dire sans crainte, ce qu’ils pensent, mais c’est aussi la
possibilité pour la presse de diffuser leurs paroles, et de le faire de manière objective…
[…] Il est de ce fait nécessaire de se battre quotidiennement pour préserver cette liberté.

Marie Laurence Jocelyn Lassègue, ancienne Ministre de la Culture de la Communication d’Haïti, lors de
la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse en 2011

September 28, 2012

La liberté d’opinion et d’expression est la pierre d’assise de toute société libre et démocratique.2 Quinze mois après l’investiture du président haïtien Michel Martelly en mai 2011, suite à des élections controversées,3 des journalistes en Haïti se sont plaints à maintes reprises de mauvais traitement que les membres du gouvernement leur auraient fait subir.4 Ce rapport analyse ces plaintes à la lumière des libertés et des protections garanties aux journalistes par le droit internationale et la Loi haïtienne.

  • Les journalistes décrivent une première tendance à l’intimidation, aux menaces, aux arrestations, à la destruction d’équipement, et aux actes de représailles commis par le président Michel Martelly et son administration contre des journalistes progressistes qui les critiquent. Cette tendance contribue à créer une atmosphère de crainte et a un effet dissuasif sur la liberté d’expression des journalistes.
  • Une deuxième tendance à « l’obstruction » envers les journalistes est également décrite. Des journalistes critiques du gouvernement se sont vus refusé des entrevues avec des membres du gouvernement ainsi que l’accès à l’information publique.

Ces deux tendances atteignent aux droits des journalistes selon la Loi haïtienne et le droit international relatifs à la liberté d’expression et d’accès à l’information publique. Les journalistes haïtiens qui produisent des rapports investigatifs sont particulièrement visés. Souvent, ils reçoivent des menaces de mort, n’obtiennent qu’un accès restreint à l’information et aucun accès aux ministères ou au palais national, se font poursuivre pour diffamation avec sanctions criminelles, et finissent par voir leur licence révoquée en plus de devoir faire face à un maigre salaire et un manque de formation professionnelle. Ensemble, ces actes envoient aux journalistes et aux acteurs de la société civile qui s’engagent à enquêter sur les attaques, les abus, les irrégularités ou les actes illicites, le message qu’ils pourraient aussi devenir la cible de menaces ou de représailles.

Il est important de noter que les conditions d’exercice du métier de journaliste sont meilleures que sous les gouvernements issus de coups d’État entre 1991 et 1994 et entre 2004 et 2006, et que sous la dictature de François et Jean-Claude Duvalier, de 1957 à 1986. Selon Reporters Sans Frontières (RSF), Haïti se retrouve 56ème sur 179 pays dans son classement mondial de la liberté de presse en 2011, soit neuf places après les États-Unis (47ème).5 Les journalistes interviewés ont généralement convenu que le Président Martelly a amélioré l’accès à l’information publique par rapport à son prédécesseur, le Président René Préval, en accordant plus de conférences de presse et en utilisant fréquemment les médias sociaux. Seule une poignée de meurtres et d’enlèvements de journalistes ont été signalés en Haïti depuis que le Président Martelly est entré en fonction, et son gouvernement n’y a pas été  mpliqué.

Néanmoins, l’agressivité du Président Martelly envers les journalistes depuis le début de sa présidence, s’ajoutant aux menaces, à l’intimidation et aux agressions provenant de sources anonymes, est troublante. La liberté d’expression est un vecteur pour la participation civique et le contrôle démocratique de la gestion gouvernementale. Le manque de contrôle efficace « donne lieu à un comportement qui va à l’encontre de l’essence même d’un État démocratique et ouvre la porte à des actes répréhensibles et des abus inacceptables. ».6

La démocratie en Haïti est encore jeune et fragile. Les Haïtiens ont pour la première fois exercé leur droit de vote lors d’élections libres et  quitables en 1990, mais ce droit a leur à été arraché par les coups d’État de 1991 et de 2004. Si le gouvernement haïtien souhaite vraiment le
renforcement de la démocratie, il faudra qu’il prenne des mesures positives pour remédier aux violations continues de la liberté d’expression et pour protéger les médias.

Le rapport propose les recommandations suivantes pour protéger la liberté d’expression et les journalistes:

  1. Sous la direction du Ministère de la justice, les forces de l’ordre et les procureurs doivent prévenir et enquêter sur les cas de menaces et de violences contre les journalistes, punir leurs auteurs et veiller au dédommagement des victimes.
  2. Les forces de l’ordre, les acteurs gouvernementaux et le Bureau de la Présidence doivent s’abstenir d’intimider ou menacer des  ournalistes, ainsi que de détruire leur matériel de presse.
  3. La loi haïtienne devrait être amendée pour éliminer les peines de prison pour les cas de diffamation.
  4. Tous les organismes publics doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour assurer un accès aisé, rapide, efficace et pratique à  ’information publique.
  5. Le Palais National est prié de cesser d’exiger des journalistes qu’ils répondent à des questionnaires qui demandent des informations qui n’ont aucun lien avec l’obtention d’un permis pour assister aux conférences de presse.
  6. Les Ministères de la Communication et de l’Éducation devraient aider à financer l’éducation et la formation des journalistes.
  7. Les valeurs journalistiques et les normes professionnelles devraient être renforcées afin d’assurer le respect pour les journalistes.
  8. Les conditions de vie et de travail des journalistes doivent être améliorées.
  9. La communauté internationale et les pays donateurs devraient fournir au gouvernement haïtien et à la société civile un appui financier et technique pour s’assurer que tous les objectifs ci-dessus soient atteints.

 

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