Institute for Justice and Democracy in Haiti

L’Onu en grave conflit de droits en Haïti

Par Dr. Jean Ford G. Figaro, Le cholera en Haiti: dossier en dix points
22 Août 2013

« Les peuples de la terre participent à des degrés divers d’une communauté universelle qui s’est développée à tel point que la violation du droit, commise en un endroit du monde, se répercute sur tous les autres ». Emmanuel Kant

 

La réflexion, que je souhaite développer dans ce texte, est le double standard de l’Organisation des Nations Unies (Onu) sur la reconnaissance des droits humains en Haïti.

 

“Au 21e siècle, les droits humains se trouvent dans une situation paradoxale : d’un côté, est proclamé, dans divers textes légaux, un nombre croissant de droits civils, politiques, sociaux, économiques et culturels, qui constituent, dans l’histoire du droit, l’affirmation la plus achevée de la croyance de l’homme en sa propre dignité ; d’un autre côté, ces mêmes droits deviennent des idéaux utopiques, dans la mesure où ils sont systématiquement enfreints par des groupes sociaux et des gouvernements. ” (Vicente Barretto*)

Il parait saugrenu de parler du respect des droits humains en Haïti, quand la réalité haïtienne et la perception internationale font montre du refus de l’Onu de prendre ses responsabilités dans l’éclosion du choléra, dans notre pays, depuis le mois d’octobre 2010. Force est de constater que, depuis l’introduction de l’épidémie en Haïti, malgré les conclusions scientifiques et les preuves irréfutables sur la responsabilité-culpabilité des casques bleus, l’Onu fait la sourde oreille et rejette toute demande de justice des victimes du choléra : en deux occasions, y compris toute demande de pourparlers venant des représentants des victimes.

Proclamée après la 2e Guerre mondiale, la déclaration universelle des droits de l’homme est le fruit d’un travail de réflexion qui dura près de deux ans. L’idée provenait de Franklin Roosevelt, qui avait l’ambition d’écrire, après la guerre, une grande charte adressée aux peuples du monde. L’humanité, fatiguée de guerres et de sang, pétrie de rêves, d’espoirs et d’idéaux, a vu l’assemblée générale des Nations Unies adopter, à Paris, ce document, le 10 décembre 1948. Ce texte, inspiré de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, énonce les droits fondamentaux de l’individu, leur reconnaissance, et leur respect par la loi. Le préambule de ce texte stipule que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».

“Composée de trente articles, la déclaration énumère un ensemble de droits interdépendants et indivisibles. Y sont donc inclus : non seulement les droits civils et politiques, dits droits de la première génération et dont fait partie la liberté religieuse, mais aussi les droits économiques, sociaux et culturels que la doctrine qualifie de la deuxième génération. On notera que la déclaration a servi de référence ou de modèle dans la formation d’autres textes, qui, eux, sont contraignants. A titre indicatif, on peut citer la convention européenne des droits de l’homme et le pacte international des droits civils et politiques. Ensuite, le fait que la déclaration soit universellement admise la munit d’une force morale et d’une légitimité inégalées.” (Observatoire Pharos**)

” L’emploi de l’expression “droits de l’homme” ou “droits de la personne” reflète autant cette globalité que l’imprécision conceptuelle qui en résulte, dans son utilisation. Elle peut signifier des situations sociales, politiques et culturelles différentiées : elle exprime souvent des manifestations émotives face à la violence et à l’injustice. En fait, la multiplicité de ses usages indique surtout le manque de fondements communs qui pourraient contribuer à l’universalisation de sa signification. Un grand nombre d’auteurs prend l’expression “droits de l’homme” comme un synonyme de ‘droits naturels”, les premiers étant la version moderne des derniers (Finnis, 1989 : 198 ; Rommen , 1955 : 624) ; d’autres soutiennent que la Déclaration des droits de l’homme s’impose, sans doute, en raison de la volonté du constituant, mais que celui-ci n’exprime qu’une conception formelle, laissant de cette façon aux interprètes la tâche de donner un contenu à ces droits (Troper, 1994:328) ; d’autres encore, considèrent l’expression comme une définition de l’ensemble de droits qui se trouveraient ainsi définis dans les textes internationaux et légaux, ce qui ne veut pas signifier que de “nouveaux droits ne puissent être consacrés dans l’avenir” ( Mello : 1997:5 ). Dans la pensée sociale contemporaine, l’œuvre de John Rawls (1997 : 74-75) se détache par la définition des droits fondamentaux de l’homme comme “norme minimale” des institutions politiques, possédant, de ce fait un statut spécial, car une norme minimale de conduite doit s’appliquer à tous les États qui intègrent une société politique juste des peuples.” (Vicente Barretto*)

La présence de la force onusienne en Haïti est l’objet de plusieurs dénonciations d’abus et d’injustice.En novembre 2007, plus de 100 soldats du contingent srilankais ont été rapatriés en raison de diverses allégations d’abus sexuels. En septembre 2011, un groupe de quatre soldats uruguayens ont défrayé la chronique pour harcèlement sexuel sur le jeune Jhonny Jean.

Ces exemples et d’autres ont créé des suspicions légitimes sur la mission de l’Onu. La gestion du choléra en Haïti, ajoutée à ces cas, décrédibilise la Mission des Nations Unies de stabilisation en Haïti (Minustah) ainsi que l’institution mère – qu’est l’Onu – dans la promotion des droits humains en Haïti, et certainement ailleurs.

Les Nations Unies ne peuvent pas prétendre défendre les droits des homosexuels haïtiens, tout en oubliant qu’un grand nombre d’homosexuels fait partie des masses paupérisées qui meurent de cette épidémie importée du Népal.

Y-a-t-il donc une hiérarchie de droits à l’Onu ? Certains droits seraient-ils plus importants que d’autres, dans les chartes et conventions des Nations-Unies ?

Outre le droit à vivre son orientation sexuelle, les homosexuels haïtiens ont-ils également droit à la santé, à être protégés de la bactérie du choléra ? Certains droits humains rendent-ils inopérants d’autres droits fondamentaux ?

Toutes les études scientifiques ont démontré que l’Onu est la seule cause de la présence du vibrion en Haïti. Malgré la présence de cette pandémie dans les Caraïbes au 19 siècle (1833-1834, 1850-1856, 1865-1872 et plus près de nous, la république voisine en 1867), nos ressources aquatiques ont été toujours épargnées. L’historien Thomas Madiou avait même soutenu l’hypothèse d’une possible résistance environnementale d’Haïti à cette pandémie :

« Il est à observer que cette maladie n’est jamais parvenue en Haïti, même quand elle s’est trouvée en même temps tout autour de notre île, à St. Thomas, à Porto Rico, à la Jamaïque et à Cuba, au Vent comme sous le Vent ».”(Deborah Jenson***)

Malgré la pauvreté et les conditions de salubrité, qui laissaient à désirer, il est plus qu’évident qu’Haïti n’avait jamais été frappée par le bacille virgule.

“Les tremblements de terre de 1842, 1952, les cyclones de 1935, 1936, 1954, les inondations qui ont frappé Haïti, n’ont jamais, jusqu’ici, été accompagnés ou suivis par une épidémie de choléra. Dans son ouvrage, documenté « La santé de la République » et paru en 1997 aux Éditions Henri Deschamps, le docteur Ary Bordes a fait le bilan des désastres et épidémies qui ont dévasté le pays.Jamais, il n’a fait référence au Vibrion cholérae parmi les fléaux que nous avons connus. Dans son ouvrage « Les maladies en Haïti » (collection du Tricinquantenaire de l’Indépendance d’Haïti) le docteur Rulx Léon, en 1954, n’en a pas parlé non plus.” (Métellus, Pierre et Talleyrand****)

(Voir aussi une synthèse des rapports scientifiques sur le site www.dossierhaiticholera.com)

Depuis son apparition en octobre 2010, la maladie a déjà tué plus de 8,200 personnes et infecté prés de 700,000. Selon les estimations, plus de 100,000 Haïtiennes et Haïtiens pourraient être contaminés par la bactérie vibrio cholerae durant le reste de l’année 2013.

La préoccupation légitime est de savoir pourquoi l’Onu continue de violer ses propres principes d’égalité et de dignité. Le dernier rapport de la prestigieuse Université Yale vient de confirmer ce que le peuple haïtien savait depuis la genèse de ce fléau : les Nations Unies sont responsables du choléra en Haïti. Depuis lors, le déni de responsabilité et le mensonge sur la prise en charge de l’épidémie du choléra en Haïti ne font que salir davantage le visage honteux de ceux qui se donnent pour mission la protection des plus faibles.

Les spécialistes en droit et en santé publique ont clairement déclaré qu’ « en provoquant l’épidémie, puis en refusant de fournir des réparations aux personnes affectées, l’Onu a violé ses engagements envers le gouvernement d’Haïti, ainsi que ses obligations au regard du droit international et des principes humanitaires ».

Malgré les conclusions des universitaires américains, les Nations Unies ne reconnaissent toujours pas leur responsabilité dans l’éclosion de l’épidémie du choléra.

Les auteurs vont plus loin, dans le rapport, pour dire que le refus de l’Onu – de créer une commission d’indemnisation pour les victimes de l’épidémie – viole son obligation contractuelle en Haïti, en vertu du droit international.

En introduisant le choléra en Haïti et en refusant toute forme de recours aux victimes de l’épidémie, l’Onu n’a pas respecté ses obligations, en vertu du droit international des droits humains. Le fait d’avoir introduit le choléra en Haïti et le refus d’en accepter la responsabilité ont violé les principes de l’aide humanitaire internationale.

Il est clair que les violations des droits à la santé, à l’accès à l’eau potable et à la vie sont perpétrées contre le peuple haïtien par cette institution supranationale, dont la mission suprême est la promotion du respect de tous les droits humains.

Je voudrais croire que le droit à la vie détient la primauté sur tout autre droit, y compris celui de vivre son orientation sexuelle.

Il faut d’abord être vivant pour réclamer et jouir de tous ses droits.

Si l’Onu se préoccupe des droits légitimes des homosexuels haïtiens, elle doit aussi tout faire pour que ces derniers ne soient pas victimes, à leur tour, du choléra, que ses soldats népalais de la Minustah ont importé dans le pays. L’Onu doit, d’abord, reconnaître les droits de toutes les personnes victimes de cette meurtrière épidémie sur le sol haïtien. Elle doit défendre le droit au respect et à la dignité de la population haïtienne et de toutes les victimes du choléra.

Le peuple haïtien attend toujours des excuses et l’investissement nécessaire afin d’éradiquer l’épidémie du choléra dans le pays. La politique de deux poids deux mesures ne fait que compromettre l’honneur et la crédibilité des casques bleus dans l’opinion locale et mondiale.

Haïti attend toujours le communiqué de Ban Ki-moon qui dira « c’est notre faute, notre très grande faute et nous allons dédommager les victimes du choléra ainsi que toute la république ».

Au cas où l’Onu persiste dans le déni et la fuite, ses déclarations ne seront que pure hypocrisie.

Je pense que l’Onu doit montrer au monde entier qu’elle croit en ses principes et qu’elle sait appliquer, à elle-même, les idéaux prônés dans la déclaration des droits de l’homme, quand elle commet des actions délictuelles et extra-contractuelles.

Ces violations répétées, ses conflits de droits mal assumés, —“entre valeurs universelles, textes légaux et pratiques politico-juridiques–, vont finir par faire croire que les droits de l’homme ne sont qu’une autre promesse utopique, voués à la disparition dans le monde éthéré des idéaux non réalisés”. (Vicente Barretto*)

 

*Vicente Barretto. Les fondements éthiques desdroits de l’homme. UERJ/UGF.

**Observatoire Pharos. LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME ADOPTÉE EN 1948 PAR L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES.
***Deborah Jenson. Le choléra dans l’histoire d’Haïti Haïti. Duke University. 8 Novembre 2010.

**** Jean Métellus, Antoine-Fritz Pierre et Daniel Talleyrand. Haïti au temps du choléra. 6 février 2012.

 

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