Institute for Justice and Democracy in Haiti

Un gouvernement de consensus ou d’ouverture en Haïti?

Un résumé des récentes négociations gouvernementales à l’hôtel El Rancho en Haïti et le choix entre les deux types du gouvernement: le gouvernement de consensus et le gouvernement d’ouverture.

Le dialogue accouche d’un gouvernement d’ouverture

Robenson Geffrard, Le Nouvelliste
February 11, 2014

La journée a été longue. Les discussions à la fois houleuses et intenses. Il
fallait aboutir à un consensus sur le thème gouvernance. Dans la grande salle
de l’hôtel El Rancho, le président Michel Martelly, ses conseillers, 23
représentants de partis politiques et les responsables de la Conférence
épiscopale d’Haïti (CEH) se sont enfermés, loin des micros des journalistes,
de 1 heure de l’après-midi à 9 heures du soir en vue de valider les ententes
trouvées la semaine dernière.
Entre un gouvernement de consensus et un gouvernement d’ouverture les
acteurs politiques ont passé des heures à discuter pour enfin trouver un «
consensus » qui ne fait pas l’unanimité. Sur les 23 représentants de partis
politiques, 19 d’entre eux, plus l’exécutif, ont l’option du gouvernement
d’ouverture. Ce qui a soulevé la colère et le mécontentement des six autres
organisations politiques qui ont voulu voir partir Laurent Lamothe en faveur
d’un gouvernement de consensus.

Quelle est la différence entre les deux types de gouvernement ?

Le gouvernement de consensus, selon les acteurs politiques, veut dire
automatiquement le renvoi du gouvernement, notamment le Premier
ministre Laurent Lamothe. Ensuite, les politiques vont se mettre d’accord
sur la formation et le contenu du nouveau gouvernement. Donc, ce qui
implique les questions suivantes : qui va avoir tel ou tel ministère ou
secrétairerie d’Etat ? Qui va avoir telle ou telle direction générale ?
Comment choisir le nouveau Premier ministre… ?
Alors que pour le gouvernement d’ouverture, Laurent Lamothe reste à son
poste mais ses ministres s’en vont, pour la plupart, pour faire place à
d’autres sur une base d’ « ouverture ». Là encore, la question : qui va avoir
quoi comme poste revient, mais l’exécutif a moins de contraintes formelles.
« Après beaucoup d’échanges et deux ateliers de travail… nous sommes
arrivés à cette modification : mettre en place un gouvernement d’ouverture
qui inspire confiance et créer les conditions pour la réalisation d’élections
libres, honnêtes et démocratiques. Mais, quelques partis politiques ont eu
des réserves sur cette décision », a rapporté le cardinal Chibly Langlois dans
son habituelle conférence de presse après chaque journée de dialogue.

« La gouvernance, c’est une question extrêmement compliquée, a reconnu
Evans Paul, l’un des représentants de partis politiques engagés dans la
deuxième phase du dialogue politique. Cependant, le leader de la KID,
interrogé par Le Nouvelliste, a estimé qu’un parti politique qui veut
participer aux prochaines élections ne devrait pas faire partie du
gouvernement.
Evans Paul n’est pas intéressé à faire partie d’un gouvernement « pour le
moment », mais comme les 18 autres acteurs politiques, il s’est rangé du côté
de l’exécutif dans la formation d’un gouvernement d’ouverture. « Nous
souhaitons qu’il y ait un gouvernement qui inspire confiance pouvant
garantir la tenue des élections, a-t-il dit. Cependant, je crois que nous allons
vers un gouvernement d’ouverture… »
Dans cette deuxième phase du dialogue, les décisions sont prises non pas par
vote, mais par consensus. Chaque point de vue est pris en considération. Les
23 membres de partis politiques représentent une cinquantaine
d’organisations politiques qui ont participé à la première phase du dialogue.
Pour le gouvernement de consensus, les sénateurs qui ont pris part à cette
deuxième phase de dialogue ont souligné au Nouvelliste qu’ils n’ont pas la
certitude que le Sénat, dans sont état actuel, allait ratifier un nouveau
Premier ministre. « Si cela se trouve, le Premier ministre désigné pourrait
attendre des mois avant sa ratification probable… »
Visiblement minoritaire dans sa position, la coordonatrice de Fanmi Lavalas,
qui ne jure que par le renvoi du gouvernement dans son ensemble, avait l’air déçu après la rencontre. Cette organisation politique se range dans le camp de ceux qui plaident pour la formation d’un gouvernement de consensus. «Nous sommes ouverts au dialogue et nous pensons que le dialogue peut nous aider à sortir de là où nous sommes. Mais il faut qu’il y ait de la bonne volonté de tous les côtés », a indiqué Maryse Narcisse.

La coordonnatrice de Fanmi Lavalas a estimé que nous devons retourner à la
Constitution de 1987 sans tenir compte des amendements faits par la 48e
législature qu’elle considère comme faux. De là, selon elle, on pourra faire de
« vrais amendements ».
Encore une fois, elle a appelé les partisans de Fanmi Lavalas à la mobilisation
à travers tout le pays. « La population a des revendications. Il y a des
problèmes partout. Le peuple peut se mobiliser pour exprimer ses
frustrations », a-t-elle dit. « Nous sommes à l’écoute de la population », a-telle
répondu sur la question à savoir est-ce que Fanmi Lavalas marche dans
la logique ‘’vle pa vle fòk li ale ?’’.
Pour sa part, le sénateur Jean William Jeanty, responsable de Kontrapèpla, a
qualifié de changement cosmétique la formation d’un gouvernement
d’ouverture. Les organisations politiques Kontrapèpla, Fanmi Lavalas,
Fusion, OPL, Lavni, Respè et Ayisyen pou Ayiti estiment que ce n’est pas la
réponse à la situation actuelle et ont clairement fait valoir leur opposition.
Autres consensus trouvés lors de la première journée de la deuxième phase
du dialogue
Les acteurs politiques se sont mis d’accord sur le respect de l’indépendance
des pouvoirs, sur la publication des lois votées au Parlement après la fin du
délai d’objection du chef de l’Etat pour trouver une solution à la question de
la détention préventive prolongée, régulation du Conseil supérieur du
pouvoir judiciaire (CSPJ).
Sur le dossier des frères Florestal qui sont considérés comme des prisonniers
politiques, alors que le cardinal Langlois a indiqué que le pouvoir a promis
d’y réfléchir, le conseiller du président Martelly, Me Grégory Mayard-Paul,
a dû intervenir après pour souligner que ce dossier est par-devant la justice,
donc, l’exécutif n’a rien à y voir…
En outre, les acteurs politiques ont discuté également sur plusieurs autres
points non moins importants pour le pays comme les élections, la
décentralisation, le renforcement des partis politiques, le renforcement des
lois régissant les ONG, la situation des collectivités territoriales,
l’indépendance et la souveraineté nationale. Sur ce dernier point les acteurs
politiques se sont mis d’accord sur un retrait progressif et ordonné de la
Minustah, l’augmentation de l’effectif de la police nationale, la création d’un
système d’intelligence nationale.
S’agissant de la Constitution, les acteurs politiques se sont mis d’accord sur
l’amendement du document et la création d’une commission multipartite
pouvant accompagner l’amendement. Les discussions vont se poursuivre ce mercredi sur les élections.

 

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