Institute for Justice and Democracy in Haiti

L’ONU : Cause de la flambée de choléra en Haïti

Business Insider a écrit un grand article sur l’epidemie du choléra en Haïti. Dans l’article, l’auteur décrit une lettre d’accusation ecrit par des rapporteurs spéciaux de l’ONU. La lettre cite la responsabilité de l’ONU pour l’épidémie du choléra en Haïti et accuse l’ONU de violer les droits de l’homme en ce cas. La lettre est une étape importante vers la justice. Elle “démontre qu’il y a un mouvement croissant de personnes liées à l’ONU qui reconnaissent que la position de l’organe mondial sur l’épidémie n’est plus tenable.”

Ci dessous est une traduction non-officielle. Read the original text (English) HERE.

Par Armin Rosen, le 9 avril 2015

Traduit par Lika Doehl Diouf, le 18 avril 2015

ban ki moon haiti

Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU sort d’une maison pendant une visite à Los Palmas, un village frappé par le choléra. 14 juillet 2014.

La flambée de choléra en Haïti est l’affaire Watergate de l’ONU, sauf qu’elle a moins de conséquences pour les personnes responsables, et un impact réel et infiniment plus désastreux.

Un échange de lettres à ce sujet entre trois rapporteurs spéciaux des Nations unies et le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon à la fin de l’année dernière démontre que l’organe mondial continue de se protéger de tout examen.

Une éclosion de choléra débuta environ 10 mois après le tremblement de terre catastrophique de janvier 2010.

Malgré la ruine de l’infrastructure du pays et le déplacement de centaines de milliers de personnes, l’apparition du choléra suivant le séisme était une surprise, car aucun cas de cette maladie n’a été signalé depuis le milieu des années soixante, ou peut-être même avant.

Des scientifiques et des journalistes, notamment Jonathan Katz, ancien chef de pupitre d’Associated Press à Port-au-Prince, ont démontré de façon concluante que le choléra a été transmis au pays par des Casques bleus népalais, et que la source de la contamination du fleuve Artibonite et des réserves d’eau était un site d’élimination de déchets humains mal géré situé à une base de maintien de la paix.

Katz a documenté que l’ONU en fait avait camouflé sa responsabilité au début de la flambée, ainsi retardant une compréhension médicale, susceptible de sauver des vies, du caractère de la maladie.

L’ONU a refusé de reconnaître sa culpabilité même quand il est devenu évident que cette épidémie ne saurait exister en Haïti sans l’ONU, son dépistage déficient de ses Casques bleus, et la négligence du contingent de maintien de la paix népalais.

L’épidémie a tué environ 9000 personnes avant la fin de 2014 et a infecté plus que 1 sur 20 haïtiens. Grâce à la Convention de 1946 sur les privilèges et immunités des Nations unies, l’ONU jouit d’une protection juridique large et presque absolue à travers le monde.

Les victimes haïtiennes du choléra n’ont pas eu de chance en poursuivant des cas contre l’ONU devant les tribunaux américains. Récemment, en janvier 2015, une action contre l’ONU au nom des victimes a été rejetée par la cour fédérale des Etats-Unis, mais des projets envisagent de faire appel de la décision plus tard cette année.

Pour traiter les plaintes des victimes sans lever son immunité, l’ONU est tenue d’établir des mécanismes de remplacement au sein de son système. Mais elle ne l’a pas encore fait pour les victimes du choléra, car elle ne se considère pas responsable pour l’éclosion.

HaitiFlickr L’éclosion de choléra a mis à rude épreuve un pays souffrant déjà d’une infrastructure décimée à cause d’un séisme en janvier 2010.

Si l’ONU était vraiment convaincue en ce regard de son immunité réel et à long terme, elle serait disposée de reconnaître sa responsabilité pour la flambée, en toute confiance qu’elle à aucun moment ne fera face à une action devant un tribunal national.

Mais au lieu de soit lever son immunité, ou admettre que ses erreurs ont donné lieu à l’épidémie de choléra, l’ONU a pris un chemin de milieu problématique : elle a refusé d’assumer responsabilité, et ainsi intensifié la méfiance de l’organisation et compliqué les efforts de secours, tout en invoquant son immunité juridique et résistant à toute tentative à donner redresse dans son propre système.

L’ONU se comporte comme une organisation qui sait qu’elle a quelque chose à cacher – mais son immunité la donne une option de non-participation qui n’a point d’égal entre les organisations mondiales.

haiti choleraREUTERS

« S’ils avaient confiance dans le fait qu’ils ne sont pas responsables, aucune raison ne saurait nier un procès équitable aux victimes » Beatrice Lindstrom, avocate à l’Institute for Democracy and Justice in Haiti, déclara au Business Insider.

Néanmoins, ils n’ont pas encore obtenu un procès juste et équitable. En octobre 2014, cette situation a suscité chez trois rapporteurs spéciaux de l’ONU des inquiétudes croissantes au point d’envoyer une lettre d’accusation au bureau du Secrétaire général Ban Ki-moon.

Un rapporteur spécial est un expert non-rémunéré nommé par l’ONU pour mener à sa demande des études sur diverses questions d’importance internationale. Ils ne sont pas officiellement employés de l’ONU, mais font partie intégrante de l’ensemble du système onusien.

Les rapporteurs spéciaux envoient souvent des lettres d’accusation destinés aux états ou institutions qu’ils considèrent manquent à leurs obligations sous la Charte de l’ONU ou d’autres conventions internationales.

Cette lettre était destinée à l’ONU même.

« Nous exprimons la grave inquiétude que l’ONU supposément ait omit de déployer des efforts raisonnables et d’agir avec la diligence requise pour prévenir l’introduction et l’éclosion de choléra en Haïti depuis 2010 » y écrivirent Leilani Farha, Dainus Puras et Catarina de Albuquerque.

Ils sont, respectivement, les rapporteurs spéciaux sur «le logement convenable en tant qu’élément du droit à un niveau de vie suffisant», sur «le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible», et sur «la réalisation du droit à l’eau potable et à l’assainissement».

« En outre, nous exprimons la grave inquiétude que jusqu’à date, prétendument, les personnes touchées par la flambée de choléra ont été privées d’accès à des voies de recours et n’ont reçu aucune compensation. Finalement, nous exprimons l’inquiétude que jusqu’à date les efforts de lutte contre le choléra et pour améliorer les installations d’eau et d’assainissement en Haïti ont été inadéquats. »

La lettre inclut aussi une « annexe » citant « des instruments et normes internationaux des droits de l’homme pertinents à ces allégations ». En substance, les rapporteurs ont publiquement accusé l’ONU de violer les droits humains en omettant d’établir un mécanisme de remplacement pour que les victimes du choléra puissent déposer une plainte contre l’ONU, et en niant sa responsabilité de nettoyer le gâchis que ses Casques bleus ont laissé de diverses autres manières.

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Ali Hashisho/Reuters Les Casques bleus, et l’institution qu’ils représentent, ont peu de responsabilisation juridique.

Le bureau du Secrétaire général répondit environ un mois plus tard, avec une lettre à 33 pages, six fois la longueur de la « lettre d’accusation » des rapporteurs.

Elle a rappelé qu’un « comité indépendant » convoqué par l’ONU « a conclu que l’éclosion était causée par un concours de circonstances et non la faute ou acte intentionnel d’aucun groupe ou individu. » Elle a aussi passé en revue une série d’efforts de secours en Haïti et des changements institutionnels mis en œuvre depuis la flambée, y inclus des normes médicales renforcés pour les Casques bleus déployés de pays affectés par le choléra.

Ban promit que l’ONU adopte une approche « globale » vers l’élimination du choléra en Haïti. Mais la lettre confirma l’immunité juridique de l’ONU, même si elle s’est donné la peine de souligner que l’incapacité des victimes de porter plainte ne diminue pas la responsabilité morale de l’ONU vers eux :

« Le Secrétaire général a dit très clairement que, bien que les plaintes ne sont pas recevables au titre de l’article 29 de la Convention générale et que l’immunité des Nations unies devant les tribunaux nationaux doit être maintenue, cela ne diminue en rien l’engagement des Nations unies de faire tout ce qu’elle peut pour aider le peuple haïtien à surmonter l’épidémie de choléra.

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REUTERS/Swoan Parker Un garçon diagnostiqué de choléra est traite à un centre médical géré par Médecins sans frontières aux abords de Port-au-Prince. 1 novembre 2012.

Certains douteraient que l’ONU en vérité fait « tout ce qu’elle peut ». Même si le choléra maintenant n’affecte que 0,05% de la population, le nombre de cas a commencé à grimper vers la fin de 2014. En janvier de 2015, l’incidence de choléra était 75% plus élevée que les experts avaient prévu en mi-2014, et le nombre de cas a atteint un pic de croissance de 50% par rapport à l’année précédente.

Même si l’épidémie est maintenant « sous contrôle » selon les normes épidémiologiques, cela est davantage dû au fait que 2014 était un an sec, qu’à la retraite de la maladie – le choléra est véhiculé par l’eau, et la maladie est à deux doigts d’un retour en force à cause d’un ouragan ou une tempête tropicale.

Ban esquive aussi la question du refus de l’ONU d’établir un mécanisme de replacement pour porter plainte à base de l’épidémie de choléra contre l’ONU. « Ceci montre qu’ils n’ont aucune explication réelle pour leur rejet des demandes. » dit Lindstrom.

Mais l’échange de lettres démontre qu’il y a un mouvement croissant de personnes liées à l’ONU qui reconnaissent que la position de l’organe mondial sur l’épidémie n’est plus tenable.

« Cela signifie un changement important au sein de l’ONU » dit Lindstrom. « Des personnes qui font part du système s’expriment. En essence, ils disent que l’ONU viole les droits humains et posent des questions cruciales à quels l’ONU doit répondre.»

 

 

[…]

ACTUALISATION (10 avril, 10:47):

Le Business Insider a demandé au bureau du Secrétaire général si la lettre des rapporteurs spéciaux avait conduit l’ONU à des changements de politique, et si un précédent existait où un rapporteur avait adressé une lettre d’accusation à l’ONU même. Nous leur posâmes aussi des questions sur un paragraphe de la lettre de réponse du Secrétaire général où Ban écrivit qu’il consulterait le Conseiller juridique de l’ONU pour déterminer si l’organisation considère les plaintes liés au choléra non-recevables – nous voulions savoir si le conseiller avait fourni des orientations supplémentaires à ce sujet.

En réaction, le Porte-parole de l’ONU, Matthias Gillmann, a envoyé au Business Insider la réponse suivante :

« La position des Nations unies en ce qui concerne les plaintes contre l’Organisation n’a pas changé. Comme nous avons affirmé vis-à-vis d’autres cas ouverts, dans la pratique des Nations unies, il n’est pas coutumier de discuter publiquement les plaintes portées contre l’Organisation.

Les Nations unies restent fermement engagées à faire tout ce qu’elles puissent pour aider le peuple d’Haïti à surmonter l’épidémie de choléra.

En ce qui concerne les Rapporteurs spéciaux, ils sont des experts indépendants, et leurs rapports ne représentent donc pas nécessairement la position officielle des Nations unies. »

 

This was an unofficial French translation. Click HERE for the original article, in English.

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