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Coup d'Etat -This Time in Haiti     .
Haitian Priest Assaulted by Mob at Funeral and Arrested for Murder    .

    Les Etats-Unis tirent les ficelles en Haïti

    Par Marjorie Cohn
    t r u t h o u t | Perspective

    Jeudi 29 septembre 2005

    Mardi dernier, sous forte escorte de sécurité, le Secrétaire d’Etat américain, Madame Condoleezza Rice a fait une courte visite en Haïti. Elle avait pour mission de renouveler au gouvernement intérimaire haïtien la volonté des Etats-Unis de tenir les élections en novembre et de faire en sorte que le Président Jean-Bertrand Aristide ne revienne pas en Haïti.

    Encore une fois, les Etats-Unis manipulent Haïti.

    Le 29 février 2004, les Etats-Unis ont, de force, chassé le Président Aristide d’Haïti, et ont ensuite affirmé qu’il s’agissait d’une démission volontaire. Le Président Aristide a été élu avec 80 pourcent des voix. Comme d’habitude, le gouvernement Bush, qui prétend aimer la démocratie, a monté un coup d’état et a renversé le président démocratiquement élu d’un autre pays.

    La famille Aristide vit maintenant en Afrique du Sud où elle a obtenu l’asile. Le 31 août, le Président Aristide a fait une déclaration selon laquelle des élections libres et démocratiques pourront se tenir en Haïti si les milliers de membres du parti Lavalas (parti pro-Aristide dont les membres viennent des couches pauvres de la population) qui sont prison et en exil sont libres de rentrer chez eux, si la répression qui a déjà tué plus de 10,000 personnes cesse immédiatement et si le dialogue national démarre.

    Le Président Aristide a posé la question suivante : « En 1994, qui pouvait s’attendre à des élections libres, honnêtes et démocratiques en Afrique du Sud avec Nelson Mandela, Govan Mbeki, Oliver Tambo et d’autres chefs et membres du Congrès National Africain en prison, en exil ou dans le maquis? »

    Deux chefs importants du Parti Lavalas sont en prison. Le Révérend Père Gérard Jean Juste, emprisonné depuis deux mois, a été déclaré prisonnier de conscience par Amnesty International. Plus de 400 chefs religieux de diverses croyances ont signé une lettre demandant sa libération. L’ancien Premier Ministre Yvon Neptune est en prison depuis 16 mois, sous aucun chef d’accusation. Les deux hommes sont en mauvaise santé.

    Les Nations Unies ont envoyé en Haïti une force de paix de 8,000 hommes. J’ai demandé à Mildred Aristide, épouse du président, quel rôle les Nations Unies ont joué dans la crise haïtienne. Elle m’a répondu: « Avant le coup de février 2004 – jusqu’à aujourd’hui – le gouvernement constitutionnel a demandé aux Nations Unies de l’aider à défendre les haïtiens des d’anciens soldats, trafiquants de drogue, et assassins qui déstabilisaient le pays et tuaient des innocents. »

    Quelle a été la réponse de l’ONU ? Elle « s’est tenue à l’écart et a permis la destitution d’un président démocratiquement élu et de 7 000 représentants élus environ, » a déclaré Mme Aristide. A ce moment seulement, a t-elle ajouté, les Nations Unies ont choisi d’envoyer une force d’intervention en Haïti.

    « Des rapports crédibles sur la complicité de l’ONU dans des abus de droits humains sont sortis, » a noté Mme Aristide. « Les Nations Unies sont forcées d’investiguer certaines allégations. La police haïtienne distribue des machettes à des attachés en cagoule, tue des manifestants innocents, opèrent des raids de manière systématique dans les bidonvilles, font disparaître des prisonniers remis par les Nations Unies – tout ceci avec l’approbation officielle des Nations Unies qui a ont voté un droit de contrôle sur la police. »

    Se référant à la police et à l’ONU, Mme Aristide dit: « Le peuple haïtien qui est assiégé peut difficilement faire la distinction entre ces oppresseurs. » La police haïtienne et la force onusienne sont toutes les deux sous la férule politique et économique des Etats-Unis.

    Lors de sa visite en Haïti mardi, Madame Rice a fait clairement comprendre que les Etats-Unis sont opposés au retour du Président Aristide en Haïti. Elle a déclaré : « Le peuple haïtien fait des progrès. »

    Mais les choses en Haïti ne suivent pas un « scénario », dit Mme Aristide. Roger Noriega, secrétaire d’état adjoint pour les Affaires de l’Hémisphère Occidental a démissionné. En août, le gouvernement intérimaire haïtien a libéré Louis Jodel Chamblain, un chef du Front pour l’Avancement et le Progrès en Haïti (FRAPH), un groupe paramilitaire malveillant responsable de l’assassinat de milliers de personnes sous la dictature militaire après le coup d’état contre le Président Aristide en 1991. James B. Foley, Ambassadeur américain en Haïti, a laissé son poste en août pour des raisons inconnues. Foley a appelé la libération de Chamblain une « imposture » compte tenu particulièrement de la détention prolongée de Neptune sans aucune preuve contre lui. Foley a appelé la détention de Neptune de « une violation des droits humains, une injustice et un abus de pouvoir. »

    « Enlèvements, assassinats et autres crimes sont largement répandus depuis l’accession au pouvoir du gouvernement intérimaire il y a un de cela », a déclaré la représentante Maxine Waters de la Californie en août.

    Le 20 août, des policiers accompagnés par des civils armés de machettes ont attaqué une foule de milliers de personnes assistant à un match de football, tuant ou battant à mort au moins six, et près de 30 spectateurs. «  Nos impôts étaient aux deux bout de l’assassinat, » a dit Brian Concannon, Directeur de l’Institut pour la Justice et la Démocratie en Haïti, au Black Caucus la semaine dernière. « Le match de football était parrainé par un programme de l’USAID pour promouvoir la paix dans le quartier. Les Etats-Unis parrainent aussi les assassins, la Police Nationale d’Haïti en leur fournissant des armes malgré la longue liste d’assassinats exécutés par des policiers durant ces 18 derniers mois. »

    « Les routes et les infrastructures sont délabrées, et les services publiques ont virtuellement disparus. Le gouvernement intérimaire n’a rien fait pour arrêter la vague de violence qui déferle dans le pays, et n’a rien fait pour rendre les millions de dollars d’aide promis par les bailleurs internationaux une réalité pour le peuple haïtien, » a affirmé la Représentante Maxine Waters. « La seule chose que le gouvernement intérimaire a réalisé est l’emprisonnement de centaines de prisonniers politiques.  »

    Depuis l’expulsion du Président Aristide, des milliers de personnes ont organisé des manifestations pour protester contre des situations de terreur. Le gouvernement intérimaire a réagi avec violence contre eux. Selon Noami Klein, encouragés par les Etats-Unis de jouer un “rôle proactif” plus grand dans la chasse aux groupes armés favorable à Aristide, les troupes de l’ONU se sont engagées dans une « vague de punitions à la Fallujah » dans les quartiers connus pour leur support à Aristide.

    The International Crisis Group (ICG) a pu prouver que 18 mois après le départ forcé du Président Aristide, la situation en Haïti reste précaire et volatile. L’ICG a trouvé que « la majorité de la population montre « du désenchantement, de l’apathie et de l’ignorance à propos du processus électoral. »

    L’IGC a rapporté qu’ « une semaine avant la fermeture des inscriptions des électeurs, seulement 870 000 [des 4 millions] électeurs potentiels étaient inscrits, et aucun d’eux n’avait encore reçu la nouvelle carte d’identité nationale obligatoire pour voter. »

    Bien que Madame Rice ait essayé de donner un sens positif aux chances d’Haïti d’avoir des élections justes et libres, « Haïti est en plein dans un large programme d’épuration électorale, » a déclaré Brian Concannon. « Les opposants politiques ont été écartés du scrutin, les pauvres en milieux urbains et ruraux ont été écartés des registres électoraux. Toutes les activités politiques anti-gouvernementales dans les rues sont interdites. » a-t-il ajouté.

    Les partisans Lavalas ont déclaré qu’ils ne participeront pas dans les élections sauf si les prisonniers politiques sont relâchés, les persécutions politiques terminées, et le Président Aristide retourné en Haïti. Les haut fonctionnaires du Département des Affaires Etrangères du Canada admettent que Lavalas reste le parti le plus populaire en Haïti'. Ainsi, une élection sans Lavalas serait mal venue.

    Le 28 juin, la Chambre des Représentants a adopté la résolution de la Représentante Barbara Lee de bloquer les transferts d’armes en Haïti. Le 9 août, le Département d’Etat a répondu en annonçant l’envoi de 1.9 millions de dollars en armes et autres équipements à la police avant les élections et supposément avant tout vote du Sénat sur la résolution, selon Monsieur Concannon.

    Toujours d’après Brian Concannon, l’amendement proposé par la Représentante Waters à H.R. 2601 offre de bons critères pour l’évaluation de la situation en Haïti à l’approche des élections. Il requiert des conditions de sécurité adéquates, le désarmement des groupes paramilitaires, et les jugements ou la libération des prisonniers politiques. Monsieur Concannon souligne l’importance de l’opportunité de voter, d’organiser, et de faire campagne.

    Les haïtiens continuent à manifester en dépit de la répression. Les partisans de la démocratie en Haïti planifient une manifestation à Port-au-Prince demain pour commémorer l’anniversaire du coup d’état de 1991 contre le Président Aristide, comme ils le font chaque année depuis 1996. Le gouvernement intérimaire a défendu toutes manifestations jusqu’au 2 octobre. Ce décret « est inconstitutionnel en Haïti comme il le serait aux Etats-Unis et dans d’autres pays », a déclaré Brian Concannon.

    Des manifestations et d’autres événements de solidarité avec Haïti auront lieu dans 38 villes de 14 pays aux environs et le 30 septembre.

Marjorie Cohn est professeur à Thomas Jefferson School of Law, Première Vice-présidente de National Lawyers Guild, et Représentante américaine auprès du comité de direction de l’Association Américaine de Juristes. Elle écrit une chronique hebdomadaire pour t r u t h o u t.

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