Lorgeat Adelson
pawolpale@yahoo.fr
Mythomanie et négationnisme deux moteurs d’une diplomatie à double vitesse.
En 1945, le concept de crime contre l’humanité est apparu en tant que notion proprement juridique dans le Tribunal militaire international de Nuremberg, chargé de juger les crimes commis lors de la Deuxième Guerre mondiale. Depuis, la définition de ce concept ancien a connu une certaine évolution qui englobe notamment les assassinats, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, tout autre acte inhumain commis contre toute population civile, etc. Après l’apartheid en 1973, l’enlèvement de personne a été considéré aussi en 1992 comme crime contre l’humanité. Ainsi, nous n’avons pas à attendre qu’un expert en droit international d’une « joie nette » vienne se prononcer sur tel ou tel autre cas pour comprendre que l’enlèvement du Président Aristide, les assassinats systématiques et les persécutions en raison de leur appartenance sociale et pour des motifs politiques, des habitants de cité Soleil, de Bel-air, de Martissant, de Grand Ravine, de Solino, de Cité de Dieu, de Poste Marchand, etc. constituent des crimes contre l’humanité.
Les Mythomanes et leurs méfaits
Si les persécutions politiques du peuple haïtien, le développement de préjugé par rapport à des éléments fondamentaux de sa culture (le vaudou, le créole, etc.) bref, si le dénigrement d’Haïti remonte au lendemain de 1804, la campagne systématique de désinformation contre des dirigeants démocratiquement élus a commencé dès l’arrivée au pouvoir du Président Aristide en 1990. Du financement et de la formation des agents des forces paramilitaires comme le FRAPH et les « Attachés » au rassemblement d’un ensemble de vils individus sous le couvert d’une société « chanpwèl » OUPS pardon! nous allions écrire « société civile » soi-disant qui allait donné naissance au groupe 184 toujours avide de sang, les ennemis du changement ont tout fait pour empêcher l’instauration d’un État de droit à la lumière d’une démocratie participative, comme il a été décidé par le peuple le 16 décembre 90. Ils ont tout écrit, tout dit, sauf la vérité. Que le peuple haïtien soit d’une sagesse exemplaire. Que ce peuple si intelligent puisse distinguer ses vrais amis des faux. Que ce peuple préfère la paix à la pègre d’Apaid, d’un crapaud à un Prince sans sa dignité d’homme. Ses ennemis ne disent pas que ce peuple préfère son Mardi gras au «Mani de ce gars» qui, dit-on, est si bien «forrrrrmé», si «intellllligent» et est capable de «vomisssssement» de grands maux et de « bons mots. » Ce peuple préfère la reconnaissance au déni d’un Dany qui va jusqu’à prier tous les Saints de la trahison pour le pouvoir. Il préfère le retour de ses «cochons créoles » au Cartoon d’un «Ploum». Les ennemis de la justice ne disent pas qu’ils financent des réseaux d’escadrons de la mort pour semer le deuil au sein de la population haïtienne. Ils ne disent pas que depuis le 29 février 2004, il y a plus d’une dizaine de milliers de morts et que les prisons regorgent de prisonniers politiques en Haïti. Ils ne disent pas que dans les quartiers populaires, des mères pleurent la disparition de leurs enfants. Que Cité Soleil ne soit pas une zone de non-droit comme ils le prétendent, mais bien un bidonville sans défense, sans infrastructure qu’ils transforment en vrai camp de la mort. Ils ne disent pas que ces hommes et ces femmes des quartiers populaires et de la paysannerie haïtienne, pour réclamer justice et dire non à la violence, bravent pacifiquement les balles assassines de la MINUSTHA et de la PNH reconvertie subtilement en FADH. Pourtant, ils disent comme ce diplomate Étasunisiens « le peuple haïtien n’a jamais manifesté pour le retour d’Aristide » Ils le disent parce qu’ils sont des mythomanes, des calomniateurs. Ils le disent parce qu’il ne faut pas qu’on sache qu’après chaque manifestation pacifique le peuple compte par dizaine les victimes dans son camp. N’est-ce pas un déni quand vous refusez d’accepter que des bandits tuent de façon systématique des individus pour leur opinion et leur appartenance à un groupe social ? Pour l’histoire, nous tenons à souligner quelques-unes de ces manifestations toujours noyées dans le sang et que vous faites semblant d’ignorer :
Le 27 février 2005, une marée humaine envahit les rues du Cap haïtien. Cette foule immense réclamait en un seul homme le retour de l’homme. Vous savez qui. Le 28 février 2005 soit un an après l’enlèvement du Président Aristide, des milliers de sympathisants Lavalas ont gagné les rues pour montrer au monde entier leur attachement à leur Président. Si vous ne vous rappelez pas cette manifestation, c’est parce que vous voulez que les 15 personnes assassinées ce jour-là soient oubliées. L’un des manifestants le père Gérard Jean Juste que vous avez passé l’ordre de kidnapper a déclaré : « …il faut que la constitution soit respectée, il faut que le Président Aristide retourne au pays… » Le 4 mars 2005, une manifestation monstre réclamait le retour du Président Aristide et la libération de tous les prisonniers politiques en particulier le Premier Ministre Yvon Neptune, la militante Annette Auguste, le Ministre de l’Intérieur Jocelerme Privert, que vous gardez encore en prison. Le 29 mars, le 18 mai 2005, etc. des manifestations se sont poursuivies jour après jour avec le même cri : retour du Président et libération des prisonniers politiques. Jusqu’à hier encore le 7 février 2006, cette fois d’une autre manière, mais toujours pacifiquement, le peuple a voté pour le retour de son frère, de son ami, de son président, pour la démocratie, la paix, la justice et la vie. Parce que vous voulez falsifier l’Histoire, parce que vous jurez l’extermination d’une classe d’hommes et de femmes, vous préférez calomnier au lieu de faire votre mea culpa.
Les victimes crient leur désarroi, certaines autorités légitimes croupissent dans les prisons insalubres sans la moindre inculpation en ont assez, la majorité de celles-ci ainsi que des milliers de leurs sympathisants sont dans le maquis ou en exil vu les persécutions politiques. A l’exception de certaines organisations de défense des droits de l’homme qui osent dénoncer les atrocités de ce gouvernement soutenu par la France, les États-unis d’Amérique et le Canada, c’est un silence complice qui ne se rompt que par un mensonge décidément pathologique. Ce mensonge vient d’un groupuscule pour lequel l’économique passe avant toute chose. En effet, cette élite économique jure d’imposer sa doctrine de pensée unique qui diabolise tout ce qui offre une certaine résistance à la mise en application de son modèle de développement socio économique, de sa « culture politique » bref, de son code de vie. Elle tente d’imposer son modèle de « loi de la jungle » à un peuple qui refuse carrément toute forme de soumission. Cette sale besogne trouve l’appui d’un ramassis d’intellectuels représentés par un « illuminé » en fin de parcours qui font circuler de redondants messages truffés de mensonge.
En essayant de faire la part des choses, certaines personnes affirment qu’il n’existe pas un seul, mais plusieurs modèles de pensés uniques. C’est un point de vu que nous respectons, quoique nous ne saurions le partager. Depuis le début du XXIe siècle, cette volonté d’imposer cette pensée unique a été clairement exprimée à travers le discours du Président américain Georges Bush dans sa fameuse lutte contre le terrorisme. N’a-t-il pas dit lui-même « si vous n’êtes pas avec moi vous êtes contre moi » ? Ce qui, d’ailleurs, donne une plus grande possibilité d’interprétation d’une série de concepts aussi flous que le « terrorisme » lui-même, la démocratie, etc. Aussi, un altermondialiste qui ose s’attaquer à une plante transgénique peut se voir attribuer cette étiquette. D’un autre coté toute démocratie participative comme celle de Cuba, (VIVA EL COMANDANTE FIDEL), tout pays comme Haïti avec le mouvement Lavalas, le Venezuela de Chavez qui pointent du doigt la plaie de l’humanité et tente de montrer qu’il y a une alternative, que la solidarité des peuples soit possible, sont qualifiés de « dictature ». En guise de réponse aux grands fossés séparant les mieux nantis des défavorisés de la planète, ce modèle de pensée impérialiste favorise la déstabilisation des gouvernements démocratiques et le financement des mercenaires pour massacrer leurs populations.
En effet, en Haïti ce discours veut que les victimes soient des bourreaux. Il diabolise les autorités constitutionnelles, le mouvement Lavalas et les masses. Ce discours qui est celui de cette élite économique hostile à tout État de droit et dont l’allergie à la justice sociale frise l’horreur, trouve l’écho d’une fraction des classes moyennes qui s’est toujours comportée en chien de garde du système. En 1990 ce même discours, pour parler des sympathisants du Président Aristide, faisait état de l’expression péjorative de « pieds sales ». En 2001 lors du deuxième mandat du Président Aristide, le laboratoire générateur de tant de maux et de mots toxiques, qui n’a pour objectif que de la haine de la majorité nécessiteuse et laissée pour compte, introduit le concept de « chimères » pour un meilleur avilissement. Contrairement à ce qui est diffusé par une certaine presse à la langue de vipère, ce concept ne signifie pas uniquement des bandits. Tel que cette élite le perçoit, il est le prolongement de ce qu’on appelait autrefois la classe des esclaves par rapport aux classes des affranchis et des blancs.
Pour comprendre la raison de l’utilisation de ce concept à cette heure fatidique de l’histoire d’Haïti qui préparait la célébration du bicentenaire de son indépendance, nous n’avons pas besoin de remonter jusqu’à l’antiquité grecque pour parler d’un monstre à tête d’homme et au corps de lion et encore moins à essayer d’expliquer maladroitement le sens de l’expression créole « an chimè » (n’être pas content) qui, dans l’univers mental des masses, n’a rien en commun avec cette mythologie grecque si chère à nos Janlespri ou nos nèg/blan savé : nos « grands intellectuels ». Ce laboratoire de fabrication de maux qui avait préparé et réalisé le massacre des paysans de Jean Rabel en 1986, le forfait de la ruelle Vaillant en 1987, qui avait fait 11 septembre 1988 à St-Jean Bosco, le massacre des paysans de Piatre en mars 1990, le coup d’état du 30 septembre 1991, etc. avait déjà qualifié les cacos de « bandits ». Or, ce groupe de paysans, qui ne faisaient qu’exprimer leur misère et leur désapprobation à toute forme de pouvoir imposé par la force, réclamaient tout simplement leur participation aux prises de décision les concernant. Toutefois, en offrant une résistance en règle contre l’occupant en 1914, les cacos ne faisaient que transformer la Dessalinienne en acte (…pour le drapeau pour la patrie.. mourir est beau…).
Malgré tout, pour ce laboratoire il n’y avait pas eu assez de victimes il devait y avoir davantage. C’est ainsi qu’il songeait à l’extermination totale de ces « pieds sales » ou « chimères » comme les premiers colons l’avaient déjà fait au XVe siècle contre les Tainos et les Arawaks qui habitaient l’île Kiskeya. D’où la démence d’Edwidge Lalane appelant à l’élimination physique de 5% d’une population de plus de 500.000 habitants. Ce laboratoire, qui préparait aussi l’enlèvement du Président Aristide, devait trouver maintenant un mobile pour justifier les tueries. Dans cette perspective, ce laboratoire fabrique la fameuse « opération Bagdad » qui allait se poursuivre avec des enlèvements en cascade de personnes. Cette opération avait déjà commencé le 29 février 2004 l’année même du bicentenaire de l’indépendance du pays avec le renversement du gouvernement du Président Aristide. Cette thèse, soutenue à coup de millions de dollars pour les « GNBistes » ancienne opposition au Président Aristide, a trouvé une très grande couverture d’une presse courtisane ayant pour salle de rédaction Washington, Quai d’Orsay ou Ottawa qui doivent détourner l’attention de leur population respective des problèmes sociaux cuisants pour lesquels aucune solution n’est envisagée. Ce n’est pas sans raison qu’il y a eu en France à la fin de l’année 2005 ce vaste mouvement de protestation des jeunes dans les quartiers défavorisés (les banlieues). L’action de ces jeunes qualifiés de « casseurs » pour certains et « racailles » pour d’autres (en Haïti ils les appelleraient des chimères) n’est que le témoignage de la fracture coloniale qui reste encore béante quant à la différence monstrueuse existant entre riches et pauvres. Ces quartiers aux infrastructures précaires constituent dans ces pays du nord la preuve du caractère répressif et impitoyable de l’impérialisme. Ces jeunes ont été traités avec la plus grande rigueur pour avoir élevé la voix contre l’exclusion sociale dans un pays souvent pris en exemple lors de toute liturgie relative au respect des droits de l’homme. En fait, ils ne réclament qu‘une meilleure répartition des richesses pour une vie plus décente. C’est également le cri des masses en Haïti qui, entre autres, réclament de l’élite économique le respect de leur dignité en acceptant de les considérer comme des citoyens à part entière qui ont le droit de choisir démocratiquement leurs propres dirigeants selon le vœu de la constitution. À cause de ces revendications, pourtant, justes elles se sont vues attribuer l’étiquette de « bandits »
Or, les vrais bandits, des criminels de droits communs condamnés pour la plupart par la justice haïtienne ont bénéficié et bénéficient encore de l’appui financier, technique et logistique de cette élite économique, ainsi que celui de certaines puissances étrangères à travers des institutions comme : l’IRI, le NED, l’USAID, etc. Ces bandits agissent en toute impunité au vu et au su de tout le monde. La mission fondamentale de ces criminels notoires ne consistait pas uniquement à massacrer la population civile, tenter de détruire le parti Fanmi Lavalas et renverser le gouvernement démocratique du Président Aristide, mais surtout d’étouffer le rêve d’un peuple, celui de vivre libre dans la dignité dans son pays. Ces tortionnaires qualifiés de « combattants de la liberté » par Gerard Latortue, un vassal des États-Unis d’Amérique, ont mis le pays à feu et à sang pendant qu’on continue à accuser les masses. Par contre, cette déclaration de M. Latortue devait attirer, l’attention de ses tuteurs pour qui Ben Laden a été lui aussi considéré comme un combattant de la liberté avant d’être soi-disant l’ennemi public numéro un de l’oncle Sam. Ces « combattants » de la liberté de M. Latortue et de ses acolytes ont appliqué si bien la leçon qu’un mois seulement après l’enlèvement du Président Aristide, le directeur de la morgue de l’Hôpital Général de Port-au-Prince faisait état d’un millier de personnes tuées par balle et envoyées dans son établissement, dans plusieurs cas les mains liées dans le dos et plastique sur la tête. Voila quel type de démocratie qui trouve l’appui des puissances étrangères elles aussi championnes de démocratie toutes catégories confondues.
Le négationnisme
Au cours du mois de novembre 2005, l'Assemblée générale de l’ONU a voté une résolution qui rejette tout déni de l'Holocauste en tant qu'évènement historique. L’Assemblée a même lancé un appel urgent à tous les États membres pour « qu'ils combattent un tel déni et éduquent leurs populations aux faits historiques bien avérés de l'Holocauste ». Aux yeux de plus d’un, il s’agissait d’une louable décision consistant à faire respecter la mémoire des peuples. Plus noble encore est la réaffirmation du Conseil de Sécurité du fait qu’aux termes de la Charte des Nations Unies « tous les États membres se sont engagés à s'abstenir de la menace ou du recours à la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État ». Bravo ! Ayibobo! Manaz! Allelua!
Cependant, nous avons une TRES grande préoccupation par rapport à ces déclarations qui ne constitueraient pas des principes universels, applicables à tous les États membres de cette prestigieuse institution que sont les Nations Unies. Nous avons même envie de répéter cette fameuse phrase d’un certain Jean de la Fontaine : « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Autrement dit, ces genres « d’évènements historiques » ne doivent pas être niés que pour certains pays. Quant aux autres (les petits pays) ce ne serait pas nécessaire d’en parler. Sans doute, vous vous demandez, mais où veut-il en venir. Nous aurions pu répondre en bon haïtien : « pawol pale pawol konpwann », mais respectueux des principes démocratiques et pour être l’une des racines de l’arbre de la liberté pour paraphraser Toussaint Louverture, nous optons pour plus de détails appuyés, bien évidemment, par des faits. Cela nous porte à tenir compte de certains évènements historiques parmi lesquels, l’esclavage, la shoah ou l’holocauste, l’indépendance d’Haïti, etc.
L’esclavage, crime contre l’humanité plus de 50 ans après la création de l’ONU ?
L’esclavage reste l’une des pires atrocités que le genre humain ait connues. À cause de ce drame effroyable, non seulement plusieurs millions d’individus en particulier des noirs en provenance d’Afrique ont trouvé la mort, mais aussi leur dignité a été mise à mal. Pour les colons, les esclaves n’étaient pas des êtres humains comme en témoigne l’article 44 du code noir « Déclarons les esclaves être meuble ». En 1948 avec la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU, l’esclavage a été aboli sur toute la terre. Toutefois, il faudra attendre plus de 50 ans pour que l’esclavage soit reconnu comme un crime contre l’humanité. Une reconnaissance, d’ailleurs, obtenue après plus d’une dizaine d’années de luttes menées tambour battant par des pays du continent africain, d’autres morceaux de l’Afrique éparpillés sur d’autres continents, dont Haïti, et certaines organisations de défense des droits de l’homme. En effet, en septembre 2001, lors de la 3e conférence contre le racisme tenue à Durban en Afrique du Sud, « la communauté internationale » a dû reconnaitre au bout des lèvres que l’esclavage est un crime contre l’humanité.
La célébration du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti n’est-elle pas aussi un évènement historique de la plus grande importance?
Soulignons que quatre mois avant la conférence de Durban, la France avait dit reconnaitre l’esclavage comme crime contre l’humanité. Cette décision, loin d’avoir été prise en signe de regret, aura été au contraire une stratégie destinée à freiner le mouvement revendicatif des peuples noirs d’Afrique et d’ailleurs qui réclamaient justice et réparation pour les atrocités dont les ancêtres ont été victimes durant quatre siècles d’esclavage et de traite des noirs. En aucune façon, cette décision ne traduisait pas la volonté réelle de la France de reconnaitre le droit à l’autodétermination des peuples noirs en particulier d’Haiti. Ce qui allait être justifié deux ans plus tard lorsqu’un certain Régis Debray débarquait en Haïti et menaçait de liquider, s’il ne démissionne pas, le Président constitutionnellement élu d’un pays souverain. Ce pays que Napoléon, tous ses fils et tous ses laquais détestent depuis 1804. Comme le Président n’avait pas voulu démissionner, des hommes armés l’ont enlevé. Il a été conduit à bord d’un avion non immatriculé que nous pourrions comparer à Fort de Joux vers une destination inconnue. Pour des raisons que seuls les fils de Dessalines et de Toussaint peuvent expliquer, le Président s’est finalement retrouvé en Afrique : le berceau de la civilisation où il a été reçu en tant que fils de l’Afrique. Il a été accueilli comme le Roi d’une tribu échappé de justesse du Négrier volant et qui retourne dans son village. Une fois de plus, Napoléon et ses laquais ont essuyé un revers, car pendants des siècles ils ont véhiculé le fameux dicton circulant dans le milieu haïtien depi nan ginen nèg ap trayi nèg (la source de la traitrise entre les noirs provient de la Guinée).
L’Afrique qui, un mois plus tôt avait participé à la célébration du Bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, a prouvé que la solidarité constitue l’une des valeurs chères aux peuples africains. La trahison et la division dont parlent les mythomanes ne sont en réalité que des virus qu’ils ont tentés d’injecter dans un corps sain que sont les peuples d’Afrique et de sa diaspora. Cette trahison dont parlent ces ennemis de la vie trouverait au contraire sa racine dans une déclaration qui rappelle le nazisme, celle de Willie LYNCH, planteur esclavagiste de la Caraïbe. Cette déclaration est extraite du livre. "Quand l’Africain était l’Or noir de l’Europe" Tome 1 : l’Afrique, Actrice ou Victime de la traite des Noirs ? des Éditions MENAIBUC. Ce livre est écrit par Bwemba-Bong, membre du Cercle SAMORY (France) Cercle de Réflexion sur la Culture Africaine pour la Renaissance du Peuple Noir. Le colon Lynch qui répondait en 1712 à l’invitation de ses pairs du Sud des États-Unis, leur parla en ces termes : « Messieurs, soyez les bienvenus, ici sur les rives de la rivière James en cette année 1712. Je vous remercie, chers Messieurs de la colonie de Virginie de m’avoir fait venir.
(...) J’ai souligné un certain nombre de différences parmi les esclaves. J’utilise ces différences et les rends plus importantes. J’utilise la peur, la méfiance et l’envie pour mieux les contrôler. Ces méthodes ont fonctionné dans ma modeste plantation des Antilles et elles fonctionneront à travers le Sud. Prenez cette simple liste de différences et réfléchissez-y. En haut de ma liste figure « Age » mais c’est simplement parce qu’il commence par « A » ; le second mot est « Couleur » ou « Teinte ». Il y a l’intelligence, la Taille, le Sexe, la Taille de la plantation, le Statut de la plantation, l’Attitude des maitres, si les Esclaves travaillent dans la vallée, sur une colline, à l’Est, à l’Ouest, au Nord, au Sud, s’ils ont les cheveux fins ou épais, s’ils sont grands ou petits. Maintenant que vous avez une liste de différences, je dois vous donner une ligne de conduite, mais avant cela je peux vous assurer que la Méfiance est plus forte que la Confiance et l’Envie est plus forte que l’Adulation, le Respect ou l’Admiration. L’esclave noir, après avoir reçu cet endoctrinement, doit être en mesure de poursuivre, se réalimenter et se régénérer pendant des centaines d’années, peut-être des milliers. N’oubliez pas que vous devez dresser les vieux noirs contre les jeunes mâles noirs et les jeunes mâles noirs contre les vieux mâles noirs. Vous devez utiliser les esclaves à peau sombre contre les esclaves à peau claire et les esclaves à peau claire contre les esclaves à peau sombre. Vous devez utiliser la femelle contre le mâle et le mâle contre la femelle. Vous devez aussi vous arranger pour que vos serviteurs noirs et vos contremaitres se méfient des Noirs, mais il est nécessaire que vos esclaves aient confiance et dépendent de vous. Ils ne doivent aimer, respecter et avoir confiance qu’en vous. Messieurs, ce sont les clefs pour les contrôler et les utiliser. Arrangez-vous pour que vos femmes et vos enfants les utilisent, ne manquez pas l’opportunité. Mon plan est garanti, et la bonne nouvelle, c’est que si ce plan est utilisé intensément pendant une année, les esclaves eux-mêmes resteront perpétuellement méfiants »
Cette déclaration trouve malheureusement l’écho d’un bon nombre de personnes tant en Haïti qu’ailleurs qui ont encore la chaine de l’esclavage dans leur cerveau. C’est ce qui a permis d’ailleurs d’imposer au peuple haïtien en février 2004 un gouvernement fantoche, avec des individus qui sont la réincarnation même du mal, la personnification du gangstérisme et du terrorisme d’État. Un gouvernement de bouchers dont la première tache au lendemain du renversement du gouvernement démocratique du Président Aristide, a été de tuer le plus de sympathisants Lavalas possible. Très tôt déjà soit en avril 2004, Amnesty International tirait la sonnette d’alarme en publiant un rapport accablant dont nous vous proposons un extrait : « le gouvernement intérimaire s’est empressé de procéder à l’arrestation des membres du parti de l’ancien président Aristide, Fanmi Lavalas, soupçonnés d’actes de violence politique et de corruption, tout en s’abstenant d’agir contre les auteurs connus d’atteintes graves aux droits humains. Louis Jodel Chamblain et Jean Pierre Baptiste (membres de l’ex-Front pour l'avancement et le progrès d'Haïti, FRAPH, groupe paramilitaire, reconnus coupables du massacre de Raboteau en 1994, un bidonville dont les habitants se sont illustrés par leur militantisme et leur attachement à la personne du président Aristide renversé), par exemple, sont toujours libres. […]. Amnesty Interntional a également reçu des informations récentes faisant état d’homicides et d’enlèvements au sein de la base du mouvement pro-Aristide dans les quartiers pauvres de Port-au-Prince. Parmi les auteurs présumés se trouveraient plusieurs prisonniers en cavale, condamnés pour des viols et autres crimes de droit commun. Ces hommes travailleraient avec la police haïtienne et la force intérimaire multinationale pour identifier les personnes ayant eu des liens avec le régime du mouvement Lavalas».
Ce rapport n’a pu dissuader la France, le Canada, et les États-Unis d’Amérique d’apporter leurs appuis tant économique, politique que moral à ce gouvernement qui nageait dans le sang de milliers d’innocents. Un gouvernement corrompu qui signe des accords fantômes dans l’illégalité avec des secteurs de la communauté internationale pour le pillage de nos ressources naturelles.
Le déni de l’indépendance d’Haïti et la reproduction de l’enlèvement de Toussaint Louverture.
A deux ans de la célébration du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, des puissances étrangères ont orchestré de concert avec l’élite économique haïtienne une longue campagne de conspiration et de subversion. Elles ont financé des terroristes pour déstabiliser le pays. En agissant ainsi, elles entendaient reproduire le plus fidèlement possible le même scénario de 1802 lorsque Sonthonax était revenu rétablir l’esclavage dans la colonie. Les colons se sont organisés pour enlever Toussaint Louverture qu’ils ont laissé mourir en prison au Fort de Joux. Toutefois, ils ne pouvaient détruire cette soif de liberté et cette volonté inébranlable de vivre libre des fils et des filles de Toussaint qui se sont combattus jusqu’à infliger 2 ans plus tard une défaite historique à la plus puissante armée de l’époque. Pour accepter cette défaite la France avait réclamé d’Haïti une rançon de 150 millions de francs. Appauvrie, après tant d’années de pillage de ses ressources (l’or, bauxite, vivres alimentaires, bois de construction, etc.) par ces mêmes colons, Haïti a dû recourir à des prêts hypothécaires pour payer cette rançon. C’était déjà du négationnisme sous sa forme la plus perverse. Pis est, lors de la célébration du Bicentenaire de l’indépendance du pays, ils ont boudé ainsi que leurs alliés l’invitation du Président Aristide sous prétexte que le pays n’était pas stable. Cependant, ils ont accepté de nager dans le sang et de traverser des centaines de cadavres pour serrer la main à Louis Jodel Chamblain, Guy Phillipe, André Apaid, Latortue, etc. Rappelons que Louis Jodel Chamblain était le numéro 2 du FRAPH, organisation paramilitaire mise sur pied par la CIA et qui terrorisait la population haïtienne après le coup d’état du 30 septembre 1991. Quant à Guy Phillipe, il est un ancien officier des FADH (Forces Armées d’Haïti) qui a reçu en Équateur une formation des Forces spéciales américaines sur les techniques de tortures, de Coup d’État, d’assassinat politique et de déstabilisation de l’ordre public. Il est maintenant à la tête du Front pour la Libération et la Reconstruction Nationale, une version revue et corrigée de FRAPH. Âpres sa tentative de coup d’État raté de 2002 contre le Président Aristide, il s’est réfugié en République Dominicaine où il a reçu l’aide technique et logistique de la CIA, l’aide financière de la bourgeoisie haïtienne en particulier d’Apaid, de la NED et de l’IRI, deux organisations américaines spécialisées dans le financement de toute sorte d’actions contre la paix et la démocratie, etc. André Apaid lui est un industriel haitianno- américain, un nouveau colon qui paie 68 cent par jour aux travailleurs qu’il force d’ailleurs à travailler 78 heures par semaine (Daily News, N.Y, 24 février 2004). Il est un ami personnel de Collin Powell, ancien secrétaire d’État américain qui répondait à son invitation en Haïti pour célébrer le règne de la tyrannie, la destruction du musée de l’indépendance, un autre acte de déni de la souveraineté du pays.
Cet affront contre notre mémoire de peuple constitue une tentative désespérée de continuer la falsification de l’histoire des noirs et du peuple haïtien. L’histoire d’un peuple épris par l’odeur et le goût de la liberté, valeur universelle pour laquelle il était prêt à donner sa vie partout sur la planète. Ne l’a-t-il pas fait à Savannah? Au lieu de financer des bandits pour terroriser les masses défavorisées, parlez à vos enfants de l’ouvrage de l’historien Benjamin Kennedy "Muskets, cannons balls and bombs" (1974) rapportant ce qui suit : «… il était tout à fait extraordinaire que parmi les soldats venus de St Domingue, très peu tombèrent malade malgré l'intensité des combats pendant près d'un mois. La plupart n'avaient pas de tentes et souffraient de la chaleur le jour et du froid intense la nuit… » Au lieu de continuer à pénaliser le peuple haïtien dites à vos proches de lire " How the Black of St Domingue saved the patriot army in the siege of Savannah" (1779) de l’historien américain Theophilus Stewart (1879) qui dans son mémoire écrit : l'attaque de 1779 contre Spring Hill au cours de laquelle les noirs sauvèrent les soldats américains en retraite fut "la plus brillante action du jour, l'une des plus braves jamais réalisées par des troupes étrangères pour la cause américaine. Au lieu d’armer des escadrons de la mort, financer la reconstruction du Palais de Sans-Souci, œuvre de Henry Christophe qui a versé son sang à Savannah. Cessez de falsifier l’histoire, dites que Haïti, ce pays d’amour, après avoir accueilli des Juifs persécutés, déclara la guerre à l’Allemagne nazie et au Japon avant les États Unis d’ Amérique au cours de la guerre 1939-45. Dites que ce pays de solidarité a joué un rôle considérable dans les luttes de libération de l’Amérique dite latine. Que deux fois de suite, il aida Simon Bolivar dans la préparation de ses campagnes militaires contre l’hégémonie coloniale hispanique. C’est du port de Jacmel en Haïti que les troupes de Bolivar s’élancèrent en 1816 vers les victoires et la libération du joug colonial espagnol de cinq pays d’Amérique du Sud. Sortez d’Haïti et laissez son peuple vivre ses rêves de liberté et de respect de la dignité humaine. Acceptez que Haïti soit un pays libre et qu’il soit légitime que les autorités Lavalas exigent le remboursement du capital et intérêts composés de la rançon des 150 millions de francs en plus d dommages exemplaires, sans qu’elles ne soient considérées et traitées comme des bandits ou que leur vie ne soit pas en danger comme il est le cas pour le Premier Ministre Yvon Neptune.
LORGEAT ADELSON
pawolpale@yahoo.fr
